| Contacter l'agence | 02 96 23 88 20

De la Presqu’île Renote à l’Île à Zantig

Accueil > Les 70 ans de l’agence > De la Presqu’île Renote à l’Île à Zantig

La presqu’île Renote. Croquis de Jeannic Le Guillouzer - Le Voyer.

Mais Trégastel a beaucoup changé, pas toujours pour le meilleur. Costaeres a fait des émules et les constructions aux architectures disparates ont fleuri sur les endroits les plus improbables, souvent au plus près du rivage, y compris sur les îles. Les gens du pays réagissent, les artistes et les écrivains aussi, rien n’y fait. À la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, quelques grandes demeures font leur apparition sur la presqu’île Renote. Certaines sont érigées par Yves Offret, le père de Madame Le Guillouzer. L’entrepreneur guingampais répond aux commandes. Le style de ces résidences imposantes, parfois très hautes, est à l’opposé de celui des maisons bretonnes au charme modeste. Les nouveaux bâtiments se repèrent comme des gratte-ciels en plein désert sur cette presqu’île jusqu’alors vierge de tout habitat. L’un d’entre eux sera détruit bien des années plus tard et remplacé par une autre maison beaucoup plus basse, qui défraiera cependant la chronique locale en raison d’une architecture jugée trop moderne par certains. Aujourd’hui, aucune construction nouvelle n’est autorisée sur la presqu’île Renote, classée espace naturel remarquable et réhabilitée dans le cadre d’un contrat-nature en 2007. Elle est devenue, non sans raison, un des endroits les plus prisés de la Côte de Granit Rose. Elle mérite votre visite et vous vous laisserez convaincre par le poète trégorrois contemporain Yvon Le Men, qui a su mieux que quiconque trouver les mots pour la décrire : « L’île se déplie telle la carte d’un pays inconnu que l’on reconnaît. Ouvert du côté des îles, clos du côté des grèves, rien ne manque à l’appel du voyage, à deux pas, deux yeux, deux oreilles de chez soi. Rien ne manque à l’île Renote, même pas la terre qui la relie à la terre ».

A défaut de loutre, Zantig a capturé un phoque. Photo extraite de "La Bretagne pittoresque".

D’autres en revanche ne s’embarrassent pas de permis de construire, à l’image de Zantig qui, au milieu du vingtième siècle, choisit de s’installer en ermite sur l’île aux Lapins, au nord-ouest de la Grève Blanche. Ce petit bonhomme qui cultive un accent mystérieux connaît parfaitement la côte et se fond dans le paysage marin. Retraité de la Marine, il construit une cabane adossée à l’énorme bloc de granit rose perché sur l’île. Une cheminée sommaire lui permet de brûler les morceaux de bois flotté glanés sur le rivage au fil de ses recherches quotidiennes. Zantig se nourrit de sa pêche. En breton ou en français, il communique facilement avec les Trégastellois auxquels il vend aussi poissons et crustacés. Parfois, son œil acéré croise des espèces plus rares. Ainsi, dans les années cinquante, il décide de vendre la peau d’une loutre avant de l’avoir tuée. Il prend alors les devants et la propose à Marcel Le Guillouzer contre monnaie sonnante. Le client potentiel reste dubitatif. Zantig revient à la charge à plusieurs reprises, mais au final il n’attrapera jamais la loutre. Elle avait peut-être été effrayée par le rire incroyable de son prédateur, qui explosait en ricochets et redoublait d’intensité par l’écho multiplié des énormes rochers jalonnant les criques. Avant de s’esclaffer, Zantig prenait son élan et gonflait son ventre comme une poche de biniou. Lorsqu’il se lâchait en cascades tonitruantes interminables, ses épaules étaient prises de spasmes et tout son être semblait concentré sur cette production sonore pour le moins surprenante chez un si petit gabarit. Les enfants adoraient provoquer l’hilarité de Zantig, mais au bout d’un moment, pris de panique, ils s’enfuyaient, poursuivis par les salves de décibels inondant l’estran. D’aucuns prétendent que le rocher qui porte encore les marques de la cabane sur sa partie inférieure a conservé l’écho du rire de Zantig et qu’en y collant l’oreille le visiteur peut l’entendre à marée montante. Attention cependant à ne pas vous laisser entourer sur l’île aux Lapins, devenue pour beaucoup de Trégastellois l’île à Zantig, il n’y a plus ni maisonnette, ni cheminée pour vous protéger de la fraîcheur de la nuit. En revanche, maisons et immeubles ont fleuri le long de la Grève Blanche, juste au-dessus des rangées de cabines. Les anciens se rappellent encore avec nostalgie cet espace sauvage où seuls les oyats avaient droit de cité sur la dune.

L’île à Zantic. Croquis de Jeannic Le Guillouzer - Le Voyer.

Devenez
Propriétaire

Locations
de vacances

Suivez-nous sur